Dimanche 2 août 2009
Encore quelques lignes de l'ami Gaston, tirées de " L'eau et les rêves", et consacrées aux nymphéas de Monet.
" Le monde veut être vu : avant qu'il y eût des yeux pour voir, l'oeil de l'eau, le grand oeil des eaux tranquilles regardait les fleurs s'épanouir.Et c'est dans ce reflet- qui dira le contraire !- que le monde a pris la première conscience de sa beauté.De même, depuis que Claude Monet a regardé les nymphéas, les nymphéas de l'Île de France sont plus beaux, plus grands.Ils flottent sur nos rivières avec plus de feuilles, plus tranquillement, sages comme des images de Lotus-enfants.J'ai lu, je ne sais plus où, que dans les jardins d'Orient, pour que les feuilles fussent plus belles, pour qu'elles fleurîssent plus vite, plus posément, avec une claire confiance en leur beauté, on avait assez de soin et d'amour pour mettre devant une tige vigoureuse portant la promesse d'une jeune fleur deux lampes et un miroir.Alors la fleur peut se mirer la nuit.Elle a ainsi sans fin la jouissance de sa splendeur...".
Par Derik - Communauté : Les amis d'agathe
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Samedi 25 juillet 2009
Il y a trois semaines, j'ai reçu le courriel suivant, envoyé par la femme d'un ami de lycée : " je veux faire une surprise à Philippe pour son anniversaire, est ce que tu peux venir dimanche 19 juillet  ? ".Le Philippe en question, en classe avec Robert et moi, je le retrouvai en fac également.Ma mère l'appréciait infiniment et il parle toujours avec une belle lueur dans les yeux, des gâteaux faits maison, qu'elle lui donna lors de sa visite chez elle en 82.Quant à moi, je garde le souvenir ému de l'accueil que me réservèrent sa mère et sa grand-mère un jour de l'été 80.Pour avoir une idée de celui-ci, lisez la nouvelle de Alphonse Daudet intitulé " Les vieux ".
Ce fameux dimanche, donc,  des amis communs à Philippe et moi, viennent me cueillir pour nous rendre dans le Gers.Un ancien camarade de lycée (qui ne se souvenait pas de moi, mais vous étonnerais-je en vous disant que la réciproque n'était pas vraie et que je lui rappelai une anecdote le concernant qui le laissa bouche bée?...non, non, n'applaudissez pas c'est un don c'est tout) et un ami de Philippe que je ne connaissais pas en revanche, étaient du voyage, séparément.
Vers 11h30, nous entrons par le petit chemin bordant la maison : je vois mon Philippe écarquiller les yeux en nous regardant et  je lis sur ses lèvres la phrase suivante répétée à l'infini " c'est pas possible ! c'est pas possible!...".
Françoise, son épouse lui avait fait le plus beau et le plus fin des cadeaux qui soit ! époustouflé par notre présence qu'il était le Philippe ! et moi qu'il faudrait tirer avec une pince pour me faire quitter mon nid !
Jusqu'à 22h j'ai côtoyé des gens fins, hyper sympas, hyper tolérants, chaleureux ! quant à moi, j'ai à peine picoré quelques apéritifs salés, mangé quatre parts de tartes à la mozarella et de tourtes aux champignons, un peu de salade à la tomate et au basilic, un peu de salade de macaronis, une part d'un gâteau absolument délicieux, une autre part d'une pâtisserie au chocolat et ce fut à peu près tout !
Le panorama devant la maison est magnifique : la première habitation visible se trouve à 4 ou 5 kms ; entre les deux, on se croirait au-dessus d'une petite forêt amazonienne.
Petite anecdote pour finir concernant mon ami Philippe : pour une fois, le gaffeur en l'espèce, ce fut moi.Il devait quitter en fin d'année universitaire la chambre qu'il louait." Ma mère sera là si tu veux venir faire sa connaissance " me dit-il ! je m'y rends et je le trouve en compagnie de deux dames âgées, sa mère et une personne que je soupçonne être sa grand-mère.Me voilà tout à coup lancé dans un soliloque suivant lequel il avait raison de déménager vu la cherté de la chambre, sa petitesse...etc...je n'avais pas remarqué ses signaux désespérés...en fait la dame que je prenais pour sa grand-mère, était sa logeuse.
P.S : son cadeau d'anniversaire fut une magnifique perforatrice.Françoise, Philippe et tous les autres, je vous remercie pour ce moment délicieux ! 
Par Derik - Communauté : Les amis d'agathe
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Lundi 20 juillet 2009

Dans l'avion qui nous mène vers la Réunion, le père Tuisane, moi, plus quelques Topinambous que celui-ci, effrayé par la réputation de Sya, chienne hargneuse, et dévouée envers Martine, a décidé d'emmener avec lui, la discussion va bon train :
-" mon père ! vous exagérez avec les topinambous anthropophages et cynophages ! on ne va pas à la chasse au Dingo quand même ! 

-on n'est jamais trop méfiant mon fils avec ces choses là.
-mon père, vous n'êtes pas sans savoir que Martine bénéficie de préjugés favorables dans la blogosphère et je présume que vous allez rentrer bredouille en matière de confession.
-mon gars, la perfection n'existe pas en ce bas monde."
Quelques heures plus tard, nous voilà devant l'appartement de Martine, la dionysienne.Le père sonne et un blond visage apparaît.
-Ah quel bon vent ! le père et le Morse ! au même moment, Sya, en arrière, est en train de humer l'air, vaguement inquiète,  hochant la tête.Vous prendrez bien un verre de rhum à la mangue ?
-ce n'est pas de refus, il fait chaud dans ton île.
Il s'asseoit et avale goulûment le contenu d'un seul trait.Trente secondes plus tard, son visage cramoisi est luisant de sueur et ses lunettes glissent sur le bout de son nez.Il a, pour les réajuster, un réflexe Chrisso-alphabétien, la sensualité en moins (Chris, du blog alphabeta, donne des cours sur le sujet).Il s'éponge le visage avec la culotte de la bonne qu'il a malencontreusement confondue avec son mouchoir.Un petit signe de ma part lui fait prendre conscience de sa bévue : il a juste le temps de la fourrer dans sa poche avant l'arrivée de Martine, triomphante un gâteau de patate entre les mains.Oubliant l'existence du péché de gourmandise, le père émet un sifflement admiratif tandis que ses yeux dévorent la pâtisserie des yeux.Les parts sont découpées et distribuées.Tandis que je déguste la mienne avec délicatesse, Tuisane se jette sur la sienne et l'expédie en deux bouchées.
-un autre verre mon père ?
-volontiers, tout ceci donne soif.
Les joues rebondies, pleines, le père, avachi sur son canapé, ressemble à une divinité orientale.C'est à ce moment qu'entre le mari de Martine.Les présentations faites, il se mêle à la conversation après s'être servi un verre de rhum.
-mais qu'est-ce que tu bois Doudou dis donc ? Lui lance tout à coup l'abbé d'une voix éraillée.Je suis effaré, le père est pompette...il est tombé dans le piège que lui ont tendu Martine et la boisson réunionnaise à la fois.Je dois empêcher une confession qui risque de tourner à la farce ou à la tragédie.Trop tard ! d'une voix pâteuse, il articule en respectant une logique rigoureuse:
-Martine, tu dois, euh...confesser.........tes fau...tes et  le doudou me dire où se trou...ve la distillerie la plus proche.
Sya qui n'avait pas quitté le père des yeux depuis son arrivée, se met à grogner, le regard mauvais !
-mon père ! Martine aime ses proches, les animaux, la nature, la confiture de tangor...bref elle est sans défauts.La confession n'a pas lieu d'être à mon humble avis. 
Le père ne veut pas en démordre et continue son laïus.Il n'a pas remarqué que Sya s'est dangereusement rapprochée de ses mollets (il porte un bermuda), qu'elle croque tout à coup, avec toute la jubilation dont elle est capable.L'abbé hurle de douleur et fait tournoyer la chienne accrochée à ses mollets.Martine et son doudou, oublieux de toute idéologie non violente tombent à bras raccourci sur le père qu'ils fessent à coup de poêle à frire.Celui-ci hurle comme un loup garou qu'on égorge.Il arrive à sortir un sifflet de sa poche qu'il fait retentir frénétiquement : un chahut nous parvient du dehors.Horreur ! ! ! les topinambous, nus comme des vers, qui se tenaient cachés dans les fourrés dehors, pénètrent dans l'appartement.La stupeur est totale.Leur chef, maître-sacrificateur, tient un gigantesque coutelas à la main et cherche à capturer Sya, le chien étant un mets de choix dans l'art culinaire des amazoniens.Martine et son mari se retournent contre eux.La lutte est féroce ! ah mes ami(e)s ! pour ce qui est d'une Martine tendre, douce, non violente, il faudra repasser car à l'instant, elle ressemble au berserk, ce guerrier viking saisi d'une fureur sacrée.On lit une peur panique dans les yeux des topinambous cynophages.Sya vient d'en achever un qu'elle commence à dévorer avec douceur, en commençant par la cervelle.Un nouveau tumulte se produit à l'extérieur : Boubou et sa bande de museaux aplatis suivis de Kiki qui porte une très seyante tenue de Vampirella arrivent alors qu'il ne reste plus qu'un tas de ruines fumantes des meurtriers cynophages.Le père, rendu sobre est accroupi aux pieds d'une Martine, menaçante, qui tient une statue de Bouddha entre les mains au-dessus de sa tête.Le Morse, qui a patienté prudemment que la victoire épouse ses favoris applaudit bruyamment.Le père divague complètement et répète hébété :" notre Martine qui êtes notre rhum quotidien, que votre volonté soit faite, en Métropole comme à Saint Denis...pardonnez nous nos offenses...pendant ce temps les bouledogues font des léchouilles à Sya qui leur décrit la scène pour la énième fois en plastronnant, en s'insurgeant également contre la fausse réputation de dilettante qu'on lui a faite.Boubou parle de rugby avec le Morse.Kiki s'approche d'eux et leur fait face.Que va-t-il se passer ? Elle et le sacristain vont-ils recommencer ce qui a fait leur gloire photographique ? Non, la raison l'emporte, ils se contentent d'un bisou.
Voilà Martine qui revient avec un curry d'aubergine agrémenté de piments oiseaux : et elle, l'hôtesse sans pareille, a prévu une barrique d'eau et trois boîtes de préparation H pour ses invités.Quand je vous disais que cette dame est la perfection faite îlienne. 
Par Derik
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Samedi 18 juillet 2009
L'incipit est le début d'un texte.Au delà de la centième page, si je n'accroche pas à un texte, quelque soit sa réputation, je le délaisse et il n'est plus question pour moi d'y revenir.A contrario, certains romans me fascinent dès les premières lignes : c'est le cas du " Lolita" de Vladimir Nabokov.
" Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins.Mon péché, mon âme.Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois contre les dents.Lo.Lii.Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette.Elle était Lola en pantalon.Elle était Dolly à l'école.Elle était Dolorès sur les pointillés.Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita.
Une autre l'avait-elle précédée ? Oui, en fait oui.En vérité, il n'y aurait peut-être jamais eu de Lolita si, un été, je n'avais aimé au préalable une certaine enfant.Dans une principauté au bord de la mer.Quand était-ce ? Environ autant d'années avant la naissance de Lolita que j'en comptais cet été-là.Vous pouvez faire confiance à un meurtrier pour avoir une prose alambiquée.
Mesdames et messieurs les jurés, la pièce à conviction numéro un est cela même que convoitaient les séraphins, ces êtres ignares, simplistes, aux ailes altières.Voyez cet entrelac d'épines ". 
Il y a des romans qui font partie de mon panthéon et pourtant, je m'abstiendrais d'en recommander la lecture, avec l'assurance d'un plaisir assuré : c'est le cas de " La harpe et l'ombre de Alejo Carpentier " ,
de " L'homme sans qualités " de Musil, de " Ulysse " de Joyce...Pour ce qui concerne " Lolita ", j'assumerais ce risque malgré la sensibilité du sujet.
Par Derik
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Mercredi 15 juillet 2009
Entre toutes les images, les images de la flamme---les naïves comme les plus alambiquées, les sages comme les folles---portent un signe de poésie.Tout rêveur de flamme est un poète en puissance.Toute rêverie devant la flamme est une rêverie qui admire.Tout rêveur de flamme est en état de rêverie première.Cette admiration première est enracinée dans notre lointain passé.Nous avons pour la flamme une admiration naturelle, on ose dire : une admiration innée.La flamme détermine une accentuation du plaisir de voir, un au-delà du toujours vu.Elle nous force à regarder.La flamme nous appelle à voir en première fois : nous en avons mille souvenirs, nous en rêvons tout à la personnalité d'une très vieille mémoire et cependant nous en rêvons comme tout le monde, nous nous souvenons comme tout le monde se souvient---alors, suivant une des lois les plus constantes de la rêverie devant la flamme, le rêveur vit dans un passé qui n'est plus uniquement le sien, dans le passé des premiers feux du monde.

Avant propos à " La flamme d'une chandelle " de Gaston Bachelard. 
Par Derik - Communauté : Les amis d'agathe
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Lundi 13 juillet 2009
Par Derik
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Vendredi 10 juillet 2009
La nuit, le plus souvent j'écoute France culture.Il m'arrive de dormir une heure ou deux bercé par ses  programmes.Le phénomène suivant ce produit parfois : je rêve et le programme en cours, vient faire une intrusion dans mon sommeil.Jeudi vers 2 h, je m'étais doucement endormi juste avant le commencement d'une dramatique tirée du " Paradis perdu" de Milton, datée de 1967 et intitulée "les femmes maléfiques".Je me retrouvai donc en plein rêve, acteur de cette dramatique.Là où l'affaire se corse, c'est qu'une blogueuse (même sous la torture, je ne donnerai pas son nom) entra dans mon songe .A demi allongée près de moi, elle me parla, me prit la main en cachette et me donna le baiser le plus doux, le plus fondant qui soit, à tel point que, même réveillé peu après, ce moment d'extase resta prégnant en moi tout le reste de la nuit.
Je me marre quand je pense à ladite blogueuse, à cette intruse !
Par Derik
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Mercredi 8 juillet 2009
Premier exemple:
 Nous sommes en 5ème et le professeur nous parle des massacres de septembre sous la Révolution.
 Pour illustrer son propos et nous impressionner, il nous assure qu'il y  eut tant de victimes, que
 la Seine roulait du sang; c'est le moment que choisit le garnement près de moi pour lever le doigt et affirmer de  façon péremptoire, que de cette époque, on pouvait dater l'existence des poissons rouges :
 plié de rire, la tête cachée dans le casier, je vois le professeur rendu d'autant plus furieux qu'il ne s'attendait pas à  une telle réponse, opérer une distribution de baffes pendant que le copain entre la tête dans les épaules pour  atténuer les effets du déluge.
Second exemple :
 Je suis en CM2.La fille du 1er rang est très enrhumée.Elle n'a pas de mouchoir.Je ne me rends pas
 compte que le surplus des résidus nasaux est soigneusement étalé en couches plus ou moins liquides
 sur le dessous de sa table d'écolière. Pour mon malheur, l'instituteur nous demande de nous
 approcher car il va nous raconter une anecdote.Je me maintiens au plateau de la maudite table et soudain,
 j'ai la désagréable impression d'avoir malaxé du mastic : constatant mon infortune,  je cours sous le préau me  savonner les mains pendant cinq bonnes minutes.Un élève (10 ans) mis au courant me dit:" tu vois, X, elle n'est pas  sale, mais elle est malpropre".J'ai trouvé cette distinction d'une grande finesse,  venant de la part d'un gamin.

Ancien article. 
Par Derik
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Vendredi 3 juillet 2009

 

 

 

 

 Arcimboldo fait du fantastique avec du très connu : la somme est d'un autre effet que l'addition des parties : on dirait qu'elle en est le reste. Il faut comprendre ces mathématiques bizarres : ce sont des mathématiques de l'analogie, si l'on veut bien se rappeler qu'étymologiquement analogia veut dire proportion : le sens dépend du niveau auquel vous vous placez. Si vous regardez l'image de près, vous ne voyez que des fruits et des légumes ; si vous vous éloignez, vous ne voyez plus qu'un homme à l'œil terrible, au pourpoint côtelé, à la fraise hérissée (l'Été) : l'éloignement, la proximité sont fondateurs de sens. N'est-ce pas là le grand secret de toute sémantique vivante ? Tout vient d'un échelonnement des articulations. Le sens naît d'une combinatoire d'éléments insignifiants (les phonèmes, les lignes) ; mais il ne suffit pas de combiner ces éléments à un premier degré pour épuiser la création du sens : ce qui a été combiné forme des agrégats qui peuvent de nouveau se combiner entre eux, une seconde, une troisième fois. J'imagine qu'un artiste ingénieux pourrait prendre toutes les Têtes Composées d'Arcimboldo, les disposer, les combiner en vue d'un nouvel effet de sens, et, de leur arrangement, faire surgir par exemple un paysage, une ville, une forêt : reculer la perception, c'est engendrer un nouveau sens : pas d’autre principe, peut-être, au défilé historique des formes (agrandir 5 cm2de Cézanne, c’est en quelque sorte "déboucher" sur une toile de Nicolas de Staël), et à celui des sciences humaines (la science historique a changé le sens des événements en les combinant à un autre niveau : les batailles, les traités et les règnes - niveau auquel s'arrêtait l'histoire traditionnelle -, soumis à un recul qui en diminuait le sens, n'ont plus été que les signes d'une nouvelle langue, d'une nouvelle intelligibilité, d'une nouvelle histoire). * En somme, la peinture d’Arcimboldo est mobile : elle dicte au lecteur, par son projet même, l'obligation de s'approcher ou de s'éloigner, lui assurant que dans ce mouvement il ne perdra aucun sens et qu'il restera toujours dans un rapport vivant avec l'image. Pour obtenir des compositions mobiles, Calder articulait librement des volumes ; Arcimboldo obtient un résultat analogue en restant à même la toile : ce n’est pas le support, c’est le sujet humain auquel il est demandé de se déplacer : Ce choix, pour être "amusant" (dans le cas d’Arcimboldo), n’en est pas moins audacieux, ou tout au moins très "moderne", car il implique une relativisation de l'espace du sens : incluant le regard du lecteur dans la structure même de la toile, Arcimboldo passe virtuellement d'une peinture newtonienne, fondée sur la fixité des objets représentés, à un art einsteinien, selon lequel le déplacement de l'observateur fait partie du statut de l'œuvre. * Arcimboldo est animé d'une énergie de déplacement si grande que, lorsqu'il donne plusieurs versions d'une même tête, il produit encore là des changements signifiants : de version en version, la tête prend des sens différents. Nous sommes ici en pleine musique : il y a bien un thème de base (l'Été, l’Automne, Calvin), mais chaque variation est d'un effet différent. Ici l'Homme saisonnier vient de mourir, l'hiver est encore roux d'un automne tout proche ; il est déjà exsangue, mais les paupières, encore gonflées, viennent de se fermer ; là (et si cette seconde version a précédé la première, peu importe), l'Homme-Hiver n'est plus qu'un cadavre avancé, en voie de décomposition ; le visage est crevassé, gris ; à la place de l’œil, même fermé, il n’y a plus qu'une cavité sombre ; la langue est blafarde. De la même façon, il y a deux Printemps (l’un est encore timide, décoloré ; l'autre, plus sanguin, affirme l'été proche) et deux Calvin : le Calvin de Bergame est arrogant, celui de Suède est hideux : on dirait que de Bergame à Stockholm (peu importe s'il s'agit de l'ordre réel de composition), l'horrible figure s'est délabrée, affaissée, engrisaillée ; les yeux, d'abord méchants, deviennent morts, stupides ; le rictus de la bouche s’accentue ; les liasses qui servent de collerette passent du parchemin jauni au papier livide ; l'impression est d’autant plus dégoûtante que cette tête est formée de substances comestibles : elle devient alors, à la lettre, immangeable : le poulet et le poisson tournent au déchet de poubelle, ou pire : ce sont les rebuts d'un mauvais restaurant. Tout se passe comme si, à chaque fois, la tête tremblait entre la vie merveilleuse et la mort horrible. Ces têtes composées sont des têtes qui se décomposent. * Reprenons une fois de plus le procès du sens- car après tout, c'est bien là ce qui intéresse, fascine et inquiète chez Arcimboldo. Les "unités" d'une langue sont là sur la toile ; contrairement aux phonèmes du langage articulé, elles ont déjà un sens : ce sont des choses nommables : des fruits, des fleurs, des branches, des poissons, des gerbes, des livres, des enfants, etc. ; combinées, ces unités produisent un sens unitaire ; mais ce sens second, en fait, se dédouble : d'une part, je lis une tête humaine (lecture suffisante puisque je peux nommer la forme que je perçois, lui faire rejoindre le lexique de ma propre langue, où existe le mot "tête"), mais d’autre part, je lis aussi et en même temps un tout autre sens, qui vient d'une région différente du lexique : "Été", "Hiver", "Automne", "Printemps", "Cuisinier", "Calvin", "Eau", "Feu" ; or, ce sens proprement allégorique, je ne puis le concevoir qu'en me référant au sens des premières unités : ce sont les fruits qui font l'Été, les souches de bois mort qui font l’Hiver, les poissons qui font l'Eau. Voilà donc déjà trois sens dans une même image ; les deux premiers sont, si l'on peut dire, dénotés, car, pour se produire, ils n'impliquent rien d'autre que le travail de ma perception, en tant qu’elle s'articule immédiatement sur un lexique (le sens dénoté d'un mot est le sens donné par le dictionnaire, et le dictionnaire suffit à me faire lire, selon le niveau de ma perception, ici des poissons, là une tête). Tout autre est le troisième sens, le sens allégorique : pour lire ici la tête de l'Été ou de Calvin, il me faut une autre culture que celle du dictionnaire ; il me faut une culture métonymique, qui me fait associer certains fruits (et non d’autres) à l’Eté, ou, plus subtilement encore, la hideur austère d'un visage au puritanisme calviniste ; et dès lors que l’on quitte le dictionnaire des mots pour une table des sens culturels, des associations d'idées, bref pour une encyclopédie des idées reçues, on entre dans le champ infini des connotations. Les connotations d’Arcimboldo sont simples, ce sont des stéréotypes. La connotation, cependant, ouvre un procès du sens ; à partir du sens allégorique, d’autres sens sont possibles, non plus "culturels", ceux-là, mais surgissant des mouvements (attractifs ou répulsifs) du corps. Au-delà de la perception et de la signification (elle-même lexicale ou culturelle), se développe tout un monde de la valeur : devant une tête composée d’Arcimboldo, j'en viens à dire, non seulement : je lis, je devine, je trouve, je comprends, mais aussi : j'aime, je n'aime pas. Le malaise, l'effroi, le rire, le désir entrent dans la fête......


 CE TEXTE EST ENCORE DE ROLAND BARTHES.

 

 
 




Par Derik
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Samedi 27 juin 2009
-" Alors, tu es fier de toi ? Tu es content ? Môssieur est satisfait de son petit caca nerveux ? Crétinus a goûté le plaisir mesquin de la popularité ?..." J'arrêtais net ce florilège de sarcasmes par un tonitruant : " holà l'abbé ! vous allez  me dire à qui s'adresse ce questionnaire sarcastique, parce qu'à moins d'avoir perdu la tête et de divaguer tout seul et vu qu'il n'y a que vous et moi ici, j'imaginerais bien que  ce discours m'est destiné...
-tu l'as dit bouffi ! je vais croire que les sept péchés capitaux se sont incarnés en ta personne.
-expliquez-vous l'abbé, je ne vois pas où vous voulez en venir. 
-alors môssieur va claironnant partout comme un matamore de pacotille, (qui a bien pu lui souffler ce mot ?), qu'il allait supprimer son blog, que c'était irrévocable, qu'on allait voir ce qu'on allait voir, que dans sa grande bonté il allait consentir à un délai de quelques jours et patati et patata...déjà, là, tu vois, les délits de colère et d'orgueil sont constitués !
-colère, je veux bien le père ! orgueil non ! 
-explique-toi donc.
-bon, je voulais vraiment le supprimer, mais vous connaissez ma politesse, j'ai voulu prévenir, et........
-et alors ?
-et alors Bernie est arrivée, et pas sans se presser, et puis Geneviève m'a écrit, et puis la Chipie a pétitionné à tout va et puis d'autres sont venu(e)s et l'une d'elles m'a même menacé d'arrêter sa respiration...j'aurais bien aimé vous y voir.
-oui, et bien quand on donne sa parole...
A ce moment, la bonne entre et dit : " mon bichounet, voici ton paquet de gauloises ! ".
-? ? ? Tiens je croyais que vous aviez fait serment de ne plus fumer l'abbé !
-t'occupe le Morse, c'est pour la paroisse.Bon je veux bien croire en ta sincérité pour le coup.Maintenant, tu vas  t'expliquer sur ces bruits de clichés compromettants qui courent dans les blogs.
-ah ! oui Dingo...
-mais non, je ne parle pas de ce mécréant naturiste qui s'exhibe tout nu sur son blog...
-ben, je vois pas !
-je veux parler de ton échange de bons procédés avec mademoiselle Chrisboubou.
-ah! il s'agit d'un doux délire père, c'est tout.
-ah parce que tu appelles un doux délire le fait de s'échanger par courrier une photo dans le simple appareil...
-de dos, père, seulement de dos ! 
-manquerait plus qu'elle soit de face ! rugit le père, hors de lui.
-vous savez bien père que les femmes sont tentatrices !
-je te l'accorde sourit-t-il. 
-Chrisboubou ne m'avais pas cru quand je lui dis que le sport et l'eau froide possédaient des vertus raffermissantes  sur les chairs; alors, je lui en ai fourni la preuve et la voilà convaincue.Quant à sa photo, je l'ai reçue ce matin  même. 
-ah bon ?
-mouais !
-et alors ?
-et alors...quoi ? 
-raconte !
-ben, le surnom de fesses aplaties ne saurait lui être décerné sans outrages.Nous avons affaire avec une fort jolie  jeune femme, grande et au grain de peau semblable à l'ivoire.Et puis ses jambes et ses hanches hanteront mes jours et mes nuits...
-luxure mon fils !
-esthétisme mon père ! voulez-vous jeter un oeil sur le cliché ?
-si tu insistes, pourquoi pas.
-impossible ! je lui ai promis que ça resterait entre elle et moi, et comme vous avez insisté sur l'importance de la  parole donnée".
 La déception est grande chez le père qui me demande des nouvelles de la Chipie : je lui rappelle qu'après s'être  battue bec et ongle pour m'empêcher de supprimer mon blog, elle nous fit un coup de Trafalgar en supprimant  le sien, d'un coup d'un seul. 
 - " ah la courageuse ! ah la femme de tête ! pas une petite nature comme toi ! elle t'a donné une leçon  d'efficacité Bonnemine ! tu veux que je te dise ?
- oui ?
-le Morse, tu es une sous merde !
-euh, le père, je sens que tu vas fêter l'Ascension en avance si tu continues !
-bon, ce n'est pas tout ça, tu m'enverras Martine de la Réunion et Sya, j'aurai quelques questions à leur poser. 
Par Derik
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