En français " Le baladin du monde occidental ", de John Milington Synge, dramaturge irlandais.Chef-d'oeuvre.
L'action se déroule dans le comté de Mayo.Le fil monotone de la vie des résidents d'une auberge est interrompu par l'intrusion de Christy Mahon qui déclare avoir tué son père à coups de bêche
après une violente dispute.Au commencement, l'idée de faire appel à la police vient naturellement aux témoins, mais l'âme irlandaise liée à la perspective d'un desennui, font que la
désapprobation se transforme en sentiment d'admiration.Pegeen, la fille de l'aubergiste,amoureuse, insiste pour que l'inconnu soit hébergé, malgré l'émergence probable d'une rivale en la personne
d'une jolie veuve.
Christy plait, s'incruste, s'illustre dans la course à pied où il devient une vedette.
Un beau jour, le jeune homme a la mauvaise surprise de la survenue du père que l'on croyait mort.Le prestige de Christy s'effondre d'autant plus que le père se met en devoir de ramener
l'usurpateur au foyer à grands coups de taloches.L'insoumission du fils débouche sur une nouvelle et violente rixe au cour de laquelle le père est tué à coups de pelle.Alors que le "premier
meurtre" avait une valeur virtuelle, celui-ci, horrifie les témoins aux prises avec la réalité.Ils ligotent le meurtrier dans l'intention de le livrer à la police.
C'est alors que....
Je ne vais pas vous raconter la suite, ce serait inconvenant de ma part ! hin ! hin !
John Milington Synge, en dehors de s'être intéressé au folklore celtique de son pays, avait étudié lors de ses fréquents séjours à Paris, les poètes décadents et
symbolistes français.Il suivit les cours de Henri d'Arbois de Jubainville.En attendant voici un petit copié-collé extrait de la pièce et qui donne un aperçu du style de l'auteur
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Le Baladin du monde occidental de John Millington Synge (acte III).
PEGEEN, rayonnante, lui essuyant le visage avec son châle. Eh bien, tu es un garçon extraordinaire, et
tu connaîtras de grands moments désormais maintenant que tu as pu gagner tout ce trésor de prix, toi qui as sué dans la chaleur de midi !
CHRISTY, le regardant avec ravissement. Je connaîtrai de grands moments si je gagne le prix suprême que je veux à présent, ta promesse de m’épouser dans une quinzaine de jours dès que nos bans seront publiés. PEGEEN, s’écartant de lui. Tu es rudement hardi d’aller me demander cela, quand tous savent que tu vas retourner vers une fille de ton pays, lorsque ton père sera pourri dans quatre mois, ou cinq. CHRISTY, indigné. Moi, me détourner de toi ? Il la suit. Je ne veux pas, et quand l’air sera chaud, dans quatre mois ou cinq, c’est alors que toi et moi, nous irons arpenter le Neifin dans les rosées de la nuit, aux temps où montent de douces odeurs et où l’on voit une petite, brillante, nouvelle lune sombrer peut-être dans les collines. PEGEEN, le regardant d’un air enjoué. Et c’est cette espèce d’amour de braconnier que tu me proposes, Christy Mahon, sur les flancs du Neifin, à la nuit tombée ? CHRISTY, Tu ne te demanderas guère si mon amour est celui d’un braconnier, ou même d’un comte, quand tu sentiras mes deux mains étirées autour de toi, et que j’écraserai des baisers sur tes lèvres froncées, jusqu’à en éprouver une espèce de pitié pour le Seigneur Dieu depuis des siècles assis solitaire sur son trône d’or. PEGEEN, Ce sera une vraie fête, Christy Mahon, et toute jeune fille marcherait à en perdre le souffle avant de rencontrer un jeune homme qui soit ton pareil pour l’éloquence, ou simplement la parole. CHRISTY, encouragé. Attends, pour m’entendre parler, que nous nous soyons égarés dans l’Erris, au moment du Vendredi Saint, buvant de l’eau d’un puits, et pressant de puissants baisers sur nos bouches mouillées, ou nous ébrouant dans une trouée de soleil, et toi, toi étendue jusqu’au cou, dans les fleurs de la terre. PEGEEN, tout bas, émue par le ton de sa voix. Je serais jolie comme ça, tu crois ? CHRISTY, transporté d’enthousiasme. Si les évêques qui portent la mitre te voyaient alors, ils seraient pareils aux saints prophètes, je pense, qui forcent les grilles du Paradis pour poser les yeux sur Dame Hélène de Troie, quand, dehors, elle va, elle vient avec un bouquet dans son châle doré. PEGEEN, avec une réelle tendresse. Et qu’est-ce que j’ai, Christy Mahon, qui fasse de moi le juste enjouement d’un pareil que toi, qui a de tels mots de poète et une telle bravoure de cœur. CHRISTY, à voix basse. N’y a-t-il pas la lumière de sept ciels dans ton seul cœur, si bien que tu seras pour moi désormais la lampe d’un ange quand je serai dehors dans le noir à harponner les saumons dans l’Owen ou le Carrowmore ? PEGEEN, Si j’étais ta femme, je serais avec toi ces nuits-là, Christy Mahon, si bien que tu verrais comme je m’y entends pour amadouer les garde-pêche, ou pour forger des surnoms amusants pour les étoiles de la nuit. CHRISTY, Toi, vraiment ? Pour attraper la mort sous les grêlons ou dans les brouillards de l’aube ! PEGEEN, Toi et moi nous irions vite nous abriter dans un étroit buisson (le cœur serré de frayeur) ; mais nous ne faisons que parler, peut-être, car ici ce serait une bien pauvre chaumière pour retenir un beau garçon comme toi. |